Jeanne d'Arc de Joseph Delteil

dit par
Philippe Forcioli

mis en musique et accompagné par

Hélène Sage

mis en scène par

Ester Nadal

mis en lumière par

Olivier Bonhomme


Spectacle produit par

L'Estive, Scène Nationale de Foix et de l'Ariège


Bonjour, bonjour à tous ! Je suis allé voir et entendre samedi dernier à « Théâtre et Chansons » à Aix la « Jeanne d’Arc », de Joseph Delteil, récit épique, truculent, jubilatoire, bouleversant et j’en suis encore tout ému. C’est un spectacle absolument magnifique par sa conception et sa présentation, par la participation d'une musicienne sensible, aux interventions subtiles et surtout par l'interprétation de l’auteur-compositeur-chanteur Philippe Forcioli, ici mué en narrateur-diseur, qui s'approprie totalement le texte de Delteil en grand acteur qu'il est et ce avec une passion, une ferveur, une émotion constantes. C’est dit.      Jacques Bonnadier


Tous les historiens sérieux vous le diront. La vie de Jeanne d'Arc selon Joseph Delteil (Grasset 1925) est « abracadabrantesque »!

Et sa vie elle-même? Brûlée comme « sorcière» à 19 ans, « Patronne de la France »en 1918 canonisée «Sainte» en 1920, ne l'est-elle pas?
Comment derrière les invraisemblances ou les outrances historiques de ce livre unique, ne pas entendre la voix géniale de cet artiste unique saluant cet « Enfant» unique?
«Car Jeanne d'Arc, c'est avant tout l'Enfant et l'Enfant, c'est de l'humain à l'état pur»!
Utilisant toutes les plus belles clés de son art, Delteil tire du très fond du vieil almanach français tout ce qu'il faut pour rendre vivante cette «grande belle fille de la Terre», cette «alouette au ciel de France», ce modèle de courage, d'abnégation, de fidélité, de loyauté, de pureté et de foi, cette «grande résistante» au même titre que sainte Geneviève ou Jean Moulin.




Ce livre est un reportage, un film; Jeanne d'Arc de son premier cri jusqu'à son dernier souffle, en gros plan, dans une langue faite de «voyelles de source et de gutturales de hautes futaies».


Ah quel bonheur de lecteur de sentir rouler ces phrases comme l'eau des ruisseaux bondissants dans la bouche et la langue! Quelle émotion sans cesse à déclamer les mots de Delteil racontant Jeanne enfant, Jeanne à Orléans, Jeanne prisonnière et Jeanne au bûcher.
Personne n'a vraiment compris que derrière le dithyrambe delteillen, notre Joseph parle de lui, de son sang, de son père né à Montségur, lieu du grand bûcher qui vit périr la dernière résistance occitanne , les Cathares, à l'envahisseur de l'époque, le royaume de France, et qu'il nous parle de sa soeur, de son enfant de coeur, Jeanne.
«Le coeur c'est encore le plus haut point de vue de la terre».
Et qu'il nous pose en définitive la seule importante question pour nous aujourd'hui :
« Etiez-vous avec Jeanne à Orléans, avec elle à Reims, avec elle à Compiègne, avec elle à Rouen, hier, aujourd'hui ? »

Lui répond de sa voix de héraut: « J'y étais , j'y suis encore! »



Tout ce livre, l'histoire fabuleuse d'un drame pourtant, retient la grande leçon de la Pucelle pour nous, pauvres robots d'un âge de fer et de fumées.


- Que vous disent vos voix?

- D'être gaie et hardie!

Oui, tout ce livre est gai et hardi, à la Delteil, et même au paroxysme du pathétique, à l'heure du Sacrifice, quand Jeanne cueille une fleur de liseron trouvée sur les fagots de pommier qui la transformeront en torche vivante, elle la donne au bourreau afin qu'elle ne périsse pas dans le brasier, cette fleur innocente, tandis qu'un moineau coquin vient se poser un instant sur ses beaux cheveux de jeune fille de 19 ans.



J'ai tenté de mettre toute ma fougue, mon art et mon amour (en cela magistralement épaulé à la musique par Hélène Sage) au service de ce maître en écritures qu'est Delteil, et en l'honneur de la plus grande figure légendaire de l'âme libre de la France libre, Jeanne d'Arc.


Comme elle, Delteil fût brûlé par l'Autorité littéraire et morale de 1925. L'Eglise officielle représentée par le journal La Croix (dont le rédacteur en chef de l'époque osa en première page demander à ses lecteurs de «brûler» véritablement cet ouvrage en public ) et les surréalistes avec son « Staline des lettres », André Breton, qui excommunia notre bon Joseph et interdît à tous les jeunes écrivains afféodés à son Manifeste de continuer une quelconque relation avec ce «traître»!

A l'exception du jury féminin du Fémina qui couronna cette oeuvre et de quelques uns, toute l'Intelligentzia cria à l'horreur. Heureusement que le public sût reconnaître le génie de l'oeuvre et de son auteur.
Un succès que Delteil quitta définitivement en 1929, pour, comme Rimbaud, tenter de retrouver «la Vérité dans une âme et dans un corps». Je laisse à Jean Cocteau le soin de conclure :



«Mais ce que l'Eglise, ni les grands seigneurs ne savent , c'est que certaines âmes sont des salamandres. Elles se meuvent à merveille dansle feu. Brûlez une Jeanne? Elle renait de ses cendres, s'envole et remplit l'horizon d'un arc-en-ciel».


- Ainsi la Jeanne de Delteil.


P.Forcioli - Avril 2008


Extraits sonores :
La naissance (2'20),
Le rêve(1'56),
La lettre (2'32),
La délivrance d'Orléans (2'00),
Le couronnement (2'12),
Le cachot (1'30),
Cauchon (1'03),
Le bourreau (0'52)
 
 
 
Jeanne tous les extraits 14'34.mp3 Jeanne tous les extraits 14'34.mp3
Size : 13.338 Kb
Type : mp3
 








Creative Commons License
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.


Photos du spectacle : Patricia Pailleaud 

Make a Free Website with Yola.